Ma démarche

 
Depuis cette période bien particulière de confinement, Sabrina di Geronimo a développé une pratique singulière mêlant l’usage du médium photographique à l’outil numérique. Tirant partie de cette phase durant laquelle notre perception du temps semble s’être distendue et le rapport à nos espaces de vie modifié, Sabrina di Geronimo s’intéresse aux mécanismes de notre perception du visible dans l’espace intime.
Interrogeant ces images, celles qu’on perçoit furtivement sans les regarder, qu’il s’agisse d’images photographiques englouties par la vitesse du monde des écrans ou celles qui nous entourent tout en restant à la périphérie de notre perception, Sabrina di Geronimo cherche à faire surgir à la surface les traces d’une mémoire latente. Dans une forme d’errance visuelle, et dans une démarche proche de ce que Georges Perec nommait « l’endotisme », (opposé à l’exotisme), un bout de papier, un fragment de matière ou de corps, le dossier d'une chaise, une fissure sur un mur, un dessin griffonné, capturés au hasard du mouvement de son bras, deviennent prétextes à mettre en lumière le processus cinématographique du regard.
Le « montage », terme emprunté au cinéma devient une notion centrale de sa pratique photographique. Dans cette fragmentation en images fixes du processus qu’elle tend à capturer et à rendre par le montage, elle explore et raccorde avec pour seul outil la lumière, les jonctions entre les images. Terrains d’expérimentations, ces « entr’images » deviennent propices à faire surgir le mouvement de notre perception. Entrelacs du visible et de l’invisible, de l’image fixe et du mouvement, les compositions qu’elles met en œuvre deviennent révélatrices d’une expérience intime et sensible de notre rapport à l’image et au monde.
A travers une recherche intermédiale sur la forme de l’image photographique - tableaux ou installations -, elle joue des frontières poreuses entre la mémoire et l’oubli, soi et le monde, la réalité et la projection imaginaire, le conscient et l’inconscient, séparées déjà en ses temps primitifs avec la lanterne magique ou la photo spirite. Plus récemment, avec les collages, en investissant des procédures paradoxalement plus matérielles et pourtant en résonance avec les procédés numériques de calques et de stratification des images, elle interroge l’avènement d’une expérience photographique qui n’aurait plus besoin de la photographie pour devenir photo-graphique.
 
 
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